Technique
FTTH, haut débit pour les TPE, les PME et le SD-WAN, partie 1

Introduction

FTTH : Fiber To The Home, le haut-débit résidentiel

FTTO : Fiber To The Office, le haut-débit pour les entreprises

La hiérarchie des technologies d'accès

Technologie Débit Coefficient multiplicateur par rapport à la technologie précédente
RNIS (pour mémoire car technologie obsolète) 64kbps par canaux, 128 kbps sur deux canaux x10 à x50 par rapport au Minitel
Modem 56k V92 56kbps descendant, 48kbps Même ordre de grandeur que le RNIS
ADSL En fonction de l'atténuation de la ligne, jusqu'à 20Mbps descendant, 1Mbps montant x500 par rapport au modem V92
VDSL En fonction de l'atténuation de la ligne, 70Mbps descendant, 12Mbps montant x3 sur le débit descendant, x10 sur le débit montant par rapport à l'ADSL
FTTH Jusqu'à 500Mbps montant, et 1Gbps descendant x15 sur le débit descendant, x40 sur le débit montant par rapport au VDSL, x500 par rapport à l'ADSL
FTTO Jusqu'à 1Gbps symétrique. Voir par exemple l'offre Bouygues Telecom. En pratique, c'est le coût d'accès qui limite la bande passante commandée par les entreprises. Idem FTTH
4G Plafonné à 16Mbps sur l'offre Bouygues Telecom toujours mais limité en volume à 200Go ou 500Go NA

A chaque saut technologique, on observe deux phénomènes :

  1. Le gain en débit est très important, de l'ordre de x500 pour le passage du RNIS au DSL ou du DSL à la FO. Pour le passage du RNIS à l'ADSL, le fait que le service soit "always on", sans temps de connexion, a également été un changement important. Pour le passage du DSL à la FO, l'évolution est surtout sur le débit.
  2. Ce gain de débit révolutionne à chaque fois les usages, nouvelles applications, nouveaux services, nouveaux comportements des utilisateurs.

Les facteurs d'évolution des tarifs opérateurs

Chaque saut technologique rend obsolète la grille tarifaire au débit des opérateurs. Ils ont souvent des difficultés à gérer l'atterrissage des tarifs vers la nouvelle grille, ou, vu sous un autre angle, ils maîtrisent parfaitement le tempo de baisse des tarifs, en jouant sur la viscosité du marché et le coût de transaction que l'on pourrait décomposer en :

  • Technique : les retours d'expérience sur le FTTH sont encore peu nombreux. Certains disent que la performance réseau est comparable (ou au moins suffisante) par rapport au FTTO mais chaque client doit, en définitif, tester pour valider. Une évolution de débit WAN s'accompagne d'une évolution du LAN pour tirer bénéfice de la bande passante disponible et donc d'une évolution de l'architecture réseau de l'entreprise.
  • Géographie, couverture : la FTTH n'est pas disponible partout. Pour une entreprise multi-site, certains sites sont éligibles, d'autre pas. Il n'est donc pas possible de migrer un réseau dans son ensemble.
  • Contractuel : durée d'engagement, frais d'accès au service, frais de résiliation, préavis, les opérateurs savent introduire de la friction dans leurs contrats pour freiner les velléités de changement de leurs clients.
  • Complexité tarifaire : les grilles de tarif et le service fourni par les différentes technologies d'accès ne sont pas directement comparables. Un retraitement est nécessaire, ainsi qu'une projection sur 24 ou 36 mois pour assurer un retour sur investissement.
  • Effet réseau, nombre de noeuds connectés, migration du réseau existant : la phase de transition entre les réseaux est toujours complexe à gérer. Tout accès public est associé à des adresses IP publiques qui sont souvent utilisés pour des accès VPN, des règles de filtrage de sécurité, ... Un site est généralement interconnecté à d'autres sites. Il est donc nécessaire de gérer la transition et l'interconnexion du nouveau et de l'ancien réseau.
  • Facteur humain, aversion au risque : elle est plus ou moins importante selon la culture de l'organisation. Elle dépend aussi de la dépendance de l'entreprise à son réseau.

Le rythme de baisse de prix des opérateurs

La somme de ces coûts technique + géographie + contractuel + tarifaire + effet réseau / migration + facteur humain donne une fenêtre assez large aux opérateurs existants pour gérer la migration de leurs clients et les baisses tarifaires. Le plus souvent, cette baisse s'accompagne d'un transfert de certaines pratiques tarifaires vers la nouvelle technologie. Pour prendre l'exemple du RNIS, le DSL a rendu le RNIS obsolète il y a vingt ans environ notamment en terme de trafic, 1T2 = 30 voies = 2Mbps = un lien SDSL conventionnel. Les opérateurs vont éteindre leurs offres RNIS en 2020. Entre temps, l'ensemble des acteurs de la ToIP a introduit une notion de connexion simultanée, qui permet d'introduire une variabilité à l'usage dans la ToIP et de reproduire en partie la notion de canaux RNIS, même si, d'un point de vue technique, cette notion n'a pas grand sens.

La stratégie de l'opérateur existant consiste donc à suivre l'attrition client et à placer le curseur de baisse de tarifs au bon endroit pour maximiser ses gains tout en contenant l'attrition. Trop de baisse a un impact marge négatif sur une clientèle qui n'a pas encore envie de changer. Trop peu de baisse conduit à une érosion coûteuse de la clientèle... En résumé, dans une négociation opérateur, le commercial joue sur le paramètre baisse de prix dans une fourchette raisonnable, 10, 20 ou 30%, associée à un accroissement du débit, qui permet de maintenir le revenu par client, en augmentant l'usage, et à un réengagement pour une durée de un, deux ou trois ans qui lisse la baisse de prix et permet l'atterrissage très lent, constaté, par exemple, pour le RNIS!

En théorie, un nouvel entrant pourrait s'introduire dans la fenêtre disponible du fait de cette stratégie de baisse tarifaire progressive. En pratique, l'effet réseau et les investissements nécessaires pour entrer sur le marché rendent cette stratégie peu faisable, hors intervention du régulateur pour animer le marché en imposant des tarifs d'interconnexion aux opérateurs historiques.

FTTO contre FTTH, une fenêtre d'opportunité pour le SD-WAN

En FTTO, le tarif catalogue de Bouygues Telecom, par exemple, est de 290 € HT/mois pour 50Mbps symétrique. En FTTH, le tarif catalogue OVH est de 60 € HT par mois pour un débit jusqu'à 1Gbps. Le prix est donc divisé par 5 et le débit multiplié par 20.

Si nous considérons les éléments économiques présentés ci-dessus, cette différence comprend un coût de transaction, un coût psychologique entre offre entreprise et résidentielle - qui ne sera jamais nul dans la mesure où une offre entreprise garde toujours une prime par rapport à une offre résidentielle même pour un service rigoureusement équivalent -, et un coût lié aux services en plus. Les services en plus de la FTTO sont notamment :

  • Suivi de projet par un conseiller dédié
  • Support technique 24/7
  • GTR (Garantie de Temps de rétablissement) 4 heures en heures et jours ouvrés + option possible pour GTR 4 heures 24/7
  • Meilleure performance du réseau (latence, garantie de débit, possibilité de monter un réseau privé virtuel MPLS)

Il est évident que ces services additionnels ne justifient pas la différence de prix entre les deux solutions, qui, rapportée au Mbps, est de l'ordre d'un facteur 100 !

Le SD-WAN s'est positionnée dans cette fenêtre d'opportunité car ces différents services, fournis historiquement par les opérateurs, peuvent être fournis par les solutions SD-WAN. Le SD-WAN a un coût. Les tarifs SD-WAN sont en partie calibrés - sans doute involontairement - sur la différence entre le tarif des liaisons entreprise et résidentiel. Le retour sur investissement lorsque l'on bascule d'une offre FTTO/MPLS vers une offre s'appuyant sur des accès Internet banalisés et du SD-WAN est bien sûr positif, mais réduit du coût de la solution SD-WAN. L'arbitrage en faveur du SD-WAN est donc rentable dans une certaine mesure. Nous reviendrons sur ce sujet dans un prochain post.

Débit d'accès, débit Internet et Net neutrality

L'analyse de l'usage de la bande passante disponible sur un accès Internet banalisé type FTTH, par rapport à un accès FTTO, est une question intéressante. Quelques observations viennent immédiatement à l'esprit :

  • Offload Internet
  • Technologies VPN
  • Net neutralité
  • Robustesse d'Internet

Offload Internet

Le développement des services cloud, messagerie hébergée, logiciel fourni "as a service", vidéoconférence comme Zoom, Webex, Skype, cloud public tend à une croissance du trafic public au détriment du trafic interne ou privé à l'entreprise. Ces services dépendent d'Internet. Il est donc naturel, dans l'entreprise, de les sortir au plus tôt, c'est-à-dire sur chaque site, vers Internet plutôt que de les rassembler en un point central pour les envoyer ensuite vers Internet :

  • Gain de performance
  • Economie de bande passante sur le réseau interne

L'offload Internet est donc un candidat idéal des solutions d'accès Internet banalisé, et la migration est d'autant plus aisé que l'on maintient une liaison privée parallèle utilisée pour le traffic interne à l'entreprise. Le gain est immédiat et la mise en oeuvre simple.

S'il est nécessaire de renforcer ou d'externaliser la sécurité de l'acccès Internet, compte tenu de son éclatement sur les sites, l'architecture d'offload s'associe facilement à un service de proxy Internet cloud, comme Forcepoint ou équivalent.

Technologies VPN

Le MPLS et les réseaux privés virtuels opérateur perdent du terrain en raison de l'accroissement du débit et de la performance d'Internet et des passerelles VPN. Deux stratégies sont envisageables par rapport à ces évolutions :

  • Jouer la banalisation : pour des flux bureautiques, pour lesquels la latence Internet courante, inférieure à 50ms, ne pose pas de problème, maintenir un réseau MPLS est un choix coûteux. Lorsque le nombre de site est limité, moins de 5 sites, par exemple, l'IPSec a largement fait ses preuves en termes de fiabilité et de performance, comme nous le mentionnons dans le billet précédent (Configuration d'un VPN entre un ASA 5506 FTD et AWS, partie 1). Si le nombre de site est plus important, une solution SD-WAN simplifiera beaucoup l'administration du réseau et apportera de la fiabilité dans la gestion des flux applicatifs.
  • Jouer la performance : pour des besoins plus spécifiques, interconnexion de datacenters, besoin de latence réduite, en fonction de la zone géographique et des besoins, il est possible de se tourner vers des solutions Lan to Lan ou fibre noire
    Entre ces deux extrêmes, toutes les architectures sont possibles en fonction des besoins de l'organisation, liaisons dédiées vers un cloud provider ou des datacenters, solution hybride VPN Internet / réseau privé.

Net neutralité et performance d'un accès Internet

La neutralité du Net a fait l'objet de nombreux travaux de recherche, notamment aux Etats-Unis où les débats sur le sujet ont fait rage. Nous allons vous présentons en quelques lignes, dans le billet suivant (FTTH, haut débit pour les TPE, PME et le SD-WAN, partie 2), la nature du débat et vous préciser en quoi cela concerne un acheteur d'accès Internet.